Les textes des ateliers d'écriture

Les textes écrits en ateliers d'écriture à Guéret et Aubusson

INVENTAIRE : MA CREUSE.....

Un viaduc tellement désespérant qui était la route de la déroute.

Le tissu rêche de la cape marron de ma grand-mère.

Les enfants jouent dans la cour de l’école du village. Les garçons regardent sous la porte des cabinets.

Un village, une église, un puits, une vieille qui pisse, accroupie devant sa maison.

La brume du matin sur la vallée de la Creuse.

Les maisons en granit du plateau de Millevaches

Gégé le bourré et Jojo l’alcoolo, tristes et gais à la fois, me poussent à croire que l’humain n’est pas un dieu.

Mon grand-père, homme de grande stature, moustachu, qui a fait la route de l’exil, l’été, avec les maçons creusois.

L’amitié ici je l’ai trouvée, il a suffi de frapper et on m’a dit : entrez !

Au bord de la Creuse. «Le lion est mort ce soir » chante quelqu'un. C'est le succès de cet été-là.

Je m’arrête pour admirer la succession de vallons dans les brumes évanescentes sur la route de Bussière.

Des parcours pédestres dans la lande.

Un mur de pierre au milieu du village.

La traversée du département en 2 CV dans les années 60.

Bruyère à l’orée du bois où la vipère se faufile ; il fait chaud et sec.

Des lacs partout, des forêts de résineux dans le sud, des bocages au Nord.

Le lit est au fond de la pièce toute noire. On n’y voit rien. Des poules sont sur la table.

Une randonnée sous la pluie, une sieste au soleil.

Une tache marron dans un pré vert, c'est une limousine.

Un vol de faucon pèlerin au dessus du rocher.

Les chemins creux bordés de murettes de pierres sèches où poussent fougères et nombril de Venus. Le regard placide des vaches Limousines.

Les landes de bouleaux et de bruyère.

Un grand-père sur un vieux tracteur pétaradant.

La chèvre espiègle sur une tapisserie de Denis Robert.

Les R qui roulent dans la bouche des gens d'ici.

L'odeur de mousse d'humus et de champignons des bois.

La nature est si présente qu’on oublie de la regarder.

La terre, les bêtes, les ragots et l’alcool.

Je voyage en train, pourquoi prendre le bus, il n’ira pas plus loin et ça ne serait pas malin.

L’arrivée de l’autoroute en Creuse n’aidera pas Ginette et Raymond à se comprendre davantage.

Ma place, mon endroit, ma passion, ma joie et ma tristesse.

Les repas chez les beaux-parents je m’en souviens.

L’odeur du feu dans le jardin, je l’aime, elle me rappelle un être cher ;

Rencontre de hasard qui change la vie et depuis nous jouons la comédie et elle est plus belle la vie.

Je voyage dans l’espace qui occupe le temps qui me lasse.

La Creuse vacance heureuse. Je n’ai jamais autant bougé, pour une vie de calme, tu parles !

Les ruines du château de Crozant vues du rocher des fileuses. Le temps arrêté.

Promenade d’été sur les bords du « Chantadou », les amis qui partagent le chant des clapotis.

Routes ombragées et fraîches qu’égaient des paillettes de lumière en plein été : mosaïque de contraste.

Un énorme chêne de trois ou quatre siècles, majesté en plein champ. Cet hiver la neige l’a fait s’effondrer sur lui-même. Larmes.

Par la fenêtre ouverte, je sens l’odeur des foins fraîchement coupés.

Un bistrot au fin fond de la campagne, la toile cirée sur la table, et le plus merveilleux des repas : terrine, civet, tourte, légumes du jardin, crème parfumée…

Il neige encore et encore. Je suis perdue. Je roule mais je ne suis plus sur la route. Pas de pancarte, le silence, la solitude, le désert, où suis-je.

De poteau noir en poteau noir, les fils électriques pendent. Ils sont rompus. Les arbres arrachés au milieu de la route nous isolent. Plus d’eau, plus d’électricité, plus de téléphone. Mais le feu dans la cheminée, la chaleur de l’amitié des voisins, l’union de tous pour trouver des solutions à nos difficultés. Quelle richesse !

La réponse aux questions harcelantes du pourquoi et du comment. La plénitude du coucher de soleil sur les eaux étincelantes du lac.

Le soleil brûle, tous les champs sont brûlés.

La petite route serpente sous la voûte des arbres.

Notre vieille amie arrive avec son panier rempli des légumes de son jardin, son chapeau de paille au ruban noir la protège du soleil.

C’est mon petit coin d’Afrique.

La vie simple du fond des bois.

C’est un village où tout le monde se connaît. Si seulement on pouvait tous s’aimer.

Il manque la cité, la couleur des gens, et pourtant l’humanité entière est ici.

C’est un environnement préservé, abondant et généreux, nature luxuriante qui m’a révélée.

C’est une fleur cueillie, des dizaines de papillons dans la lumière du matin.

La belle verte retrouvée, espérée, rêvée, essentielle.

C’est la pluie, le ciel gris, l’eau des sources, le vert partout. Celui qui n’aime pas la pluie ici est maudit.

C’est l’hiver, la neige au dessus de genoux, la soupe sur la cuisinière et les longues ballades.

C’est un test pour grandir toujours plus et pouvoir un jour toucher le soleil.

Ma sœur et moi cueillons des fraises des bois, maman fait de la confiture, mais il faut en ramasser beaucoup.

L’eau de la rivière est froide, mais nous on s’en fiche, on a 6, 8 et 10 ans.

Au chalet il n’y a pas de cheminée, alors on découvre les bougies, c’est magique.

Je cueille des champignons avec papa, mais il faut aller faire vérifier chez le pharmacien avant de les manger.

Nénesse fait des toits de chaume, c’est beau et ça brille au soleil.

Il fait froid, la neige est là, le car de l’école ne passera pas.

Les crêpes à la farine de sarrasin, c’est pas bon, mais si ! Pour la santé, disent mes parents.

À l’école, à Saint Agnant, je ne suis pas d’ici, on me regarde de façon bizarre.

Et si on allait faire une veillée chez Nénesse, il connait plein de chansons, de poèmes, et il fait des châtaignes dans la cheminée.

Non, je n’ai pas la télévision.

Les vaches ne mangent pas l’herbe qui repousse sur les bouses.

Le pâté de pomme de terre de ma grand-mère, c’est la fête.

Il faut laisser des champs en friche, c’est bon pour les libellules et les papillons.

En bicyclette je me suis armée de courage.

Le musée du tracteur ce serait une idée.

Quand j’habitais Paris, je ne savais pas qu’il y avait eu les maçons de la Creuse.

La grand-mère aime beaucoup sa machine à coudre.

Ô que j’aime l’odeur du foin coupé dans le petit matin.

Les outils du jardin ne sont pas bien rangés, je ne trouve plus le râteau.

J’ai envie de dormir sur l’herbe.

Les scarabées bleus se suspendent aux herbes le long des berges à la fin juin.

Les pétales de roses autour du brasier de la Saint Jean.

Les sonorités discordantes et les rythmes frénétiques de l’accordéon posé sur des chants argentins à la nuit noire.

La bicyclette posée contre le mur de pierres.

Les dessins de dragon et d’animaux parlants sur le livre d’or de l’église.

Les tartes meringuées aux framboises d’Isabelle, les vraies amitiés et le théâtre.

Le premier jardin, hortensias bleus, herbes aromatiques, pivoines, primevères, et les jardins archipels qui longent les chemins aimés.

Les hérons et les martins-pêcheurs le matin, qui me donnent rendez-vous sur les rochers de la rivière avant de partir au travail.

En Creuse les champs ont la couleur du hachis Parmentier.

Mille et un verts pour roussir l’automne.

Des lacs immobiles.

Maisons austères, solides.

Creuse en creux, même souterraine.

J’avais 20 ans, une côte à vélo avant Boussac.

Jeune j’ai appris l’espagnol et j’ai compris le patois creusois.

Rénover la maison pour un nid plus accueillant, pour un nid personnel.

Mon premier jardin, je me mets à aimer les tomates.

Le manoir de Jacques Laffitte, pas loin de la Rigole du Diable.

La rue banale de Guéret où j’ai attendu ma tante dans la deux chevaux pendant qu’elle visitait une de ses consœurs.

L’impression de me promener dans le Valais Suisse alors que j’étais dans les Monts de Guéret.

L’idée, la drôle d’idée, de l’appeler « Côte Verte » à l’instar des Côtes-d'Armor ou de la Côte d’Or.

« Si t’es en Creuse c’est pas par hasard, » m’a dit l’autre jour un maçon savoyard.

Un recoin de bibliothèque municipale qui sentait les livres d’enfance.

Une échoppe de cordonnier qui subsiste au milieu de la boutique talons-minute-clés des galeries marchandes d’hypermarchés à Guéret.

La naissance de la Gartempe, anonyme, au milieu de nulle part.

Des gens venus d’un peu partout pour y travailler qui en parlent comme de leur pays d’enfance.

Des petites cascades chantantes à découvrir au coin de presque chaque sentier de randonnée.

Une grosse dame, une toute petite boutique, des malabars.

Des quatre-chevaux au fond des prés qui vomissent des poules.

Une locomotive est triste sur la voie ferrée, elle est le train à elle toute seule.

Le fer attend sur le coin de la cuisinière à charbon. Au cas où. Repasser la chemise du grand-père.

Un sabotier, un maréchal-ferrant, un tapissier et le pâtissier qui fait des conversations.

Janvier, l’étang est gelé, les arbres scintillent sous le givre.

20° en dessous de zéro, faire dégeler le moteur tous les deux kilomètres pour aller au lycée.

Gagarine effigie de chiffon. Un feu de paille. Il part dans l’espace.

Fête foraine, manèges qui font rêver, trois petits tours et je vomis mon déjeuner.

Jour de marché, trois par trois, devant les stands, tête contre tête, murmures et exclamations. Comment, vous ne le saviez pas ?

Avril : les boutons d'or dans la prairie verte.

Le ramassage scolaire qui passe partout et fait lever tôt.

La quoi ? C'est où ?

La Creuse qui voyage quand j'apporte le gâteau creusois à mes amis.

Le ciel bleu, les arbres roussis et la chaleur du soleil qui s'éloigne.

Mademoiselle Chaboulet : « S'il existait un médicament à base de fougère, la Creuse serait riche»

Ne pleure pas Jeannette nous te mari-e-ron que je beuglais en colonies de vacances en marchant sur les chemins de la Creuse. Généralement il pleuvait.

Il y a quoi comme ville en Creuse ?

Ah bon Aubusson, les tapisseries, c'est en Creuse ?

« La Creuse c'est très riant, » me répète Karine, je lui réponds toujours qu'il n'y a pas de quoi rire. Les cimetières creusois, leurs étonnantes verrières, les tombes dévastées, la terre retournée, la rouille partout.

La gare de Guéret la nuit.

Une vieille en noir devant un mur de granit attenant à l'église.

Une partie de pêche avec mon fils debout sur le déversoir de l'eau jusqu'au mollet et le temps qui passe.

La Creuse, un paysage, une fin