Les textes écrits en ateliers d'écriture à Guéret et Aubusson

QUELQUES SÉRIES DE TABLEAUX : AVANT - MAINTENANT - APRÈS

1.

FEMME : Bonjour.

HOMME : Bonjour. Vous venez pour écrire ?

FEMME : Oui. Oui.

HOMME : C’est moi qui anime.

FEMME : C’est la première fois que j’entre ici. C’est un salon de thé sympathique.

HOMME : Moi non plus je ne connaissais pas.

FEMME : Vous organisez souvent des ateliers d’écriture.

HOMME : Oui, oui, et j’écris des pièces de théâtre.

FEMME : Le feu de l’écriture vous anime.

HOMME : J’ai commandé une carafe d’eau pour l’étancher.

2.

HOMME : Un café doux et suave, ça ne doit pas avoir trop de goût.

FEMME : Il est sûrement très subtil.

HOMME : Entre : amer sauvage, et : doux suave, je ne sais pas quoi choisir.

FEMME : Il faut mélanger.

HOMME : Allez, je tente doux et suave.

FEMME : Alors il était comment ce café ?

HOMME : Bof. Enfin. Heu.

FEMME : Il n’avait pas de goût ?

HOMME : Si. Enfin, un goût… Heu… Un goût normal.

FEMME : Ah oui.

3.

HOMME : Après cette pause café, nous allons reprendre. Dix images pour évoquer la Creuse.

FEMME : Le stylo remplace l’appareil photo.

HOMME : Pressez-vous le citron. Pressez le citron de vos enfances.

FEMME : La Creuse où je rêvais de limonade. Lemon. Le citron quoi.

HOMME : C’est le dernier exercice, on en terminera là.

FEMME : Il n’est de bonne compagnie qui ne se laisse pas mettre en terre.


1.

HOMME : Avec ce mauvais temps j’irai bien au cinéma. Ça te dirait.

FEMME : Quel est le programme ?

HOMME : La guerre du feu.

FEMME : Bof. En plus je n’ai pas un sou de liquide.

HOMME : Bon, alors.

FEMME : Non, vas-y tout seul.

HOMME : Le mois dernier j’ai rencontré une passionnée de théâtre à l’atelier théâtre. Je suis sûr qu’elle y sera.

FEMME : Alors passe une bonne soirée.

2.

HOMME : Bonjour. Tu vas bien.

FEMME : Oui, enfin, ça va mieux.

HOMME : Tu n’étais pas au théâtre ?

FEMME : J’ai pas tout compris. Et le groupe… J’ai eu le droit à la courte paille.

HOMME : Non. Je n’ai eu que des bons retours. Laisse dire. C’est un concours de circonstances.

FEMME : Alors on s’en va.

HOMME : Tu viendras à la clôture mardi.

FEMME : Oui, bien sûr. Je ne veux pas rater la clôture, je n’ai déjà pas fait l’ouverture de la saison.

HOMME : Compte sur moi. À plus.

3.

HOMME : Ça fait longtemps. Tu ne participes plus à l’atelier théâtre ?

FEMME : Je me suis cassé le troisième métacarpe de la main droite. Je n’ai pas pu conduire pendant un mois.

HOMME : Mince ! Ça va mieux ?

FEMME : Oui, maintenant ça va, merci. Et toi, quoi de neuf ?

HOMME : Je vais participer à une aventure artistique à la tuilerie de Pouligny. Ça t’intéresse ?

FEMME : Peut-être. Je sais pas. Je ne voudrais pas avoir l’air de te coller aux basques. Que penserait ta femme.

HOMME : On s’en fout. Je garde les pieds sur terre.


1.

HOMME : T’as qu’a t’installer ici. Tu peux rehausser le siège pour être à l’aise au clavier. On prend un café ?

FEMME : Merci. Sympa l’accueil. On n’est pas très fière quand on commence un boulot.

HOMME : T’inquiète pas. Ici après le coup de feu on prend le temps de discuter des programmes télé.

FEMME : Je suis plutôt années 60. Chabadabada. Comme le film.

HOMME : Tu t’entendras avec Corinne. Elle adore Brialy.

FEMME : Mais la télé faut pas abuser, prendre un thé entre copines c’est pas mal aussi.

2.

HOMME : Qu’est-ce qu’il y a à la télé ce soir ?

FEMME 2 : On est jeudi : envoyé spécial sur la 2, une série policière américaine sur la 1 et la 6.

HOMME 2 : Ils vont bouleverser les programmes, Brialy est mort hier soir. Si tu ne le sais pas c’est que t’es mort aussi.

TOUS : Ah bon !

HOMME 2 : Vous vivez en ermite ou quoi ? Il est mort hier d’une longue maladie.

FEMME : Un cancer quoi.

HOMME : Je l’ai pas tellement aimé dans la cage aux folles.

FEMME 2 : Mais il a pas joué dans la cage aux folles. Si ?

FEMME : Ou alors il était dans un placard.

HOMME 2 : Vous confondez pas avec Michel Serrault ?

FEMME 2 : Il n’est pas mort lui.

3.

HOMME 2 : Je vous l’avais bien dit, hier soir ils ont passé « le beau Serge » en hommage à Brialy. Vous l’avez regardé ?

FEMME : J’avais pas la tête à ça, avec ce que j’ai appris hier…

HOMME : C’est quoi, t’en fais une tête.

FEMME : Je ne peux pas vous le dire.

FEMME 2 : Ah non, t’en as trop dit.

FEMME : Ça va vous en foutre un coup.

TOUS : Allez accouche.

FEMME : J’ai entendu le patron qui disait qu’il allait fermer la boîte. On va tous être lourdés.

TOUS : C’est pas possible.

FEMME : Vous savez bien que ça nous pendait au nez.

HOMME : C’est dégueulasse. Pas question de retourner à la terre.


1.

FEMME : Tu as vu que ton tréteau est bancal ?

HOMME : C’est rien ! Il y a un bout de pied qui manque. Il a été brûlé par le feu l’autre semaine. Juste un peu. J’ai mis une cale.

FEMME : C’est pas de veine.

HOMME : Je te dis que c’est rien.

FEMME : Je parlais du feu. C’était la sécheresse ? Comment vous avez fait pour l’éteindre, il n’y a plus une goutte d’eau.

HOMME : On s’est débrouillé. C’est pas tout ça. Qu’est-ce que je te sers.

2.

FEMME : Tu as des patates ?

HOMME : Je ne sais pas. J’ai été malade, l’herbe a poussé, et je ne sais plus où elles sont.

FEMME : Comme tu voudras.

3.

FEMME : Il faut te décider je n’ai pas que ça à faire.

HOMME : 10 kg de patates à peu près. Ne te fâche pas.

FEMME : Ça va aller. Ne crains pas la terre qui colle aux doigts.


1.

FEMME : Bonjour je suis votre nouvelle voisine.

FEMME 2 : Vous venez de Paris ?

FEMME : De Versailles exactement. Je vous présente ma fille. Céline, dis bonjour à la dame.

FEMME 2 : C’est votre fille. Qu’est-ce qu’elle est mignonne. Tu es contente de venir habiter en Creuse ?

FEMME : Elle est un peu timide.

FEMME 2 : Ce n’est pas grave. Ah Paris, la tour Eiffel, l’Arc de triomphe.

2.

FEMME : Ma fille a eu une mention bien à son examen. Elle est furieuse, elle voulait avoir très bien. C’est ça le conservatoire. Elle déprime, mais bon, elle a 20 ans.

FEMME 2 : Elle danse bien ta fille, elle a beaucoup d’énergie. Elle est à Nîmes.

FEMME : Ce matin avec des copines on a encore parlé de nos mères. Elles nous emmerdent nos mères.

3.

FEMME : Demain on l’enterre, sa perversité maternelle l’a poussé à mourir le jour de la fête des Mères, histoire que je ne l’oublie jamais.

FEMME 2 : Tu exagères.

FEMME : Elle voulait être incinérée, disparaître, plus de trace, fumée, poussière, elle qui a toujours pris toute la place.

FEMME 2 : Tu exagères.

FEMME : Hé ben moi j’ai décidé de la mettre au cimetière.

FEMME 2 : Finissons-en, jette la première poignée de terre.


1.

HOMME : Excusez-moi mademoiselle, j’ai oublié mon shampoing, je peux vous en emprunter ?

FEMME : Vous êtes gonflé.

HOMME : J’ai emmené mes enfants à l’école, nous étions en retard, j’ai tout oublié.

FEMME : L’eau est plus chaude qu’hier.

HOMME : Ma femme adore les douches glacées après le sauna. Elle est Danoise.

FEMME : Ah oui, les pierres chaudes.

HOMME : À la campagne on peut toujours déposer les pierres dans le feu de cheminée.

FEMME : Une Danoise en Creuse. La nature lui plait je suppose.

HOMME : Vous permettez que je vous tutoie ? Le maître nageur a un drôle de comportement, tu ne trouves pas ?

FEMME : Oui, il est bizarre. Je dois partir. À un de ces jours.

2.

HOMME : Tu ne devineras jamais qui j’ai vu ce matin à Vallières.

FEMME : Hi ! Hi ! Hi ! Le maître nageur.

HOMME : Il nous guette. Il fait des repérages.

FEMME : Tu plaisantes ?

HOMME : Non, il attendait dans sa voiture.

FEMME : Il t’a vu ?

HOMME : Je ne crois pas. Ou il a fait semblant de ne pas me voir.

HOMME 2 : De qui parlez-vous ?

FEMME : De Francis Heaulme, le maître nageur d’Aubusson, une sale tête avec un regard bizarre.

HOMME 2 : Je me rappelle plus la tête de Francis Heaulme. Si je le croise je ne le reconnaitrais pas.

HOMME : Il nous suit avec un couteau.

FEMME : Moi je ferme ma porte à clé tous les soirs.

HOMME 2 : Parler de ces choses ça les fait arriver parfois.

3.

HOMME : Ils l’ont arrêté.

FEMME : Qui ça ?

HOMME : Le maitre nageur. Quel pervers !

FEMME : Il faudrait les tuer ces gens-là !

HOMME : Au moins il ne fera plus de mal.

FEMME : Il en aura pour dix ans et après il ressortira, il n’y a plus de justice sur cette terre.

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