Les textes écrits en ateliers d'écriture à Guéret et Aubusson

SAUT D’ÉTAPE : EXERCICES DE STYLES SANS LES INTERMÉDIAIRES

Départ : Peu importe que le vent m’ait portée en terre de Creuse. Quand nous avons débarqué au Sibioux il n’y avait pas l’eau courante. D’abord nous l’avons pu recueillir dans un puits à une centaine de mètres, puis nous avons installé une petite pompe à main, puis une pompe électrique et enfin l’eau de la Rozeille est parvenue à nous. Notre chauffage était très rustique. Au début des croûtes gratuites que nous scions à la main, puis des stères de bois dont nous refendions les bûches pour alimenter le feu. Une cuisinière ordinaire au début, puis une cuisinière à bouilleur installée grâce à la prime pour l’amélioration de l’habitat. Mais c’aurait pu se passer dans n’importe quelle campagne.

Arrivée : Durant toute la guerre des Gaules, j’informais le sénat que nous étions dépourvus d’eau courante. Les abreuvoirs à vaches ne valaient pas nos aqueducs romains. Quant au terme potable, il ne s’applique pas à cette eau. Le goût en était désagréable. Alors, nous nous rabattions sur le pinard, et mal nous en prit. Si la qualité gustative avait pris du galon, les manœuvres n’étaient pas facilitées. Ceux qui avaient picolé, pataugeaient et chutaient sans bruit dans la neige épaisse creusoise. Il ne restait plus qu’à la manger.

Départ : Creuse, creuse, creuse avec tes mains. Tu trouveras l’eau de pierre en feu. Creuse, creuse, creuse avec tes yeux, tu perceras l’eau de feu en pierre. Creuse, creuse, creuse avec ta bouche, tu parleras de la terre à deux mains.

Arrivée : Le témoin avait vu le corps dans le cimetière près d’une pierre tombale. Avait-il été déterré, car la composition était déjà bien avancée ? Les experts de la P.J. avaient balisé la scène du crime pour que les visiteurs ne soient pas choqués, car ils devaient le disséquer sur place, le transport étant trop risqué. Leurs mains gantées et expertes exploraient le cadavre. Allait-il leur livrer un terrible secret ? Quand la pluie se mit à tomber, ils trouvèrent une énorme arrête de poisson coincé dans sa gorge. Nous étions le 1er avril.

Départ : Une petite fille au bord de l’eau trouva une multitude de petits cailloux plats. Les prenant dans sa main l’un après l’autre, elle leur fit exécuter des rebonds gracieux et légers comme les élancées des chevreuils de la Creuse. Les plus gros cailloux, cognés l’un contre l’autre, déclaraient des étincelles, libérant une odeur de feu, à mesure qu’elle découvrait ça et là, en remontant la rivière, une foule de cailloux, et la terre humide, mouillée, inondée.

Arrivée : La petite fille penchée sur la rivière noire retint l’odeur de boue, de vase, épaisse et angoissante. Guidée par une brise fine, elle suivit le parfum des églantines à l’endroit le moins profond, y saisit des petits cailloux blancs imprégnés d’algues vertes, putréfiées, fétides, et les jette. La lune disparait derrière un gros nuage, la puanteur d’un sanglier déboule dans sa petite narine, bousculée par la sauvage odeur et la bête massive, elle part à la renverse, emportée par le courant à l’odeur pestilentielle, et se noie dans d’horribles spasmes.


Départ : Enfant je connus le malheur d’être envoyé en colonies de vacances deux mois l’été, 15 jours à Pâques et à Noël. Quitter mes parents c’était comme me couper la main, je n’existais pas sans eux. Des colonies, il y en avait dans toutes les régions. Mais les pires, celles que je redoutais, c’étaient celles qui étaient en Creuse. L’enfer. Pas d’eau pour se baigner, mais beaucoup de pluie. Rien d’autre à faire que d’errer en chantant sur des routes désertes. Le soir on rechantait autour des feux de camp des chansons qui me donnaient le bourdon. Je n’aurais pas cru que 40 ans plus tard, j’aurais tant de plaisir à venir travailler sur cette terre.

Arrivée : Au contact du pays vert et bleu. À sentir sous la plante de ses pieds les noisettes qui parsèment les routes sans pollution de la Creuse, on se sent touché par l’idée de conduire d’une main légère et apaisée à la sortie de la capitale et son poids d’agression en tous genres sur nos épaules. Vos enfants apprécieront les instants simples de bonheur et de joie que leur procurera l’onde fraîche glissant sur leur corps dépouillé de vêtements. Les amoureux de la pêche à la main verront leur passion grandir en sentant entre leurs doigts glisser l’eau sauvage, et les chatouiller la faune aquatique. Ne tâtonnez plus, pour votre été prenez votre plaisir en main. Des vacances en Creuse, des vacances heureuses, des heures empaumeuses. Vous pouvez toucher dès à présent les collectifs vacances clé en main. Campings, gites, colonies de vacances, si vous mettez le doigt en Creuse vous aurez envie d’y plonger le bras.

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